Comment je suis devenu mentor pour une entreprise sociale

Le mécénat est parfois réduit à la promotion d’activités culturelles. Pour autant il peut se décliner sous des formes différents et se décliner de manière très pratique. Ainsi, le mécénat de compétences est la mise à disposition, par une entreprise, du temps de travail de ses salariés pour des projets à impact social.

Bien que cette nouvelle façon de s'engager soit source d’enrichissement tant pour l’association accompagnée que pour l’entreprise, elle reste faiblement pratiquée. En effet, seules 15% des entreprises engagées dans une démarche de mécénat proposent à leur salarié de faire du mécénat de compétences. Mais certaines sont tout de même en avance sur le sujet ;)

C'est ainsi que Chimex, filiale de l’Oréal, propose à ses collaborateurs de partager leur temps de travail. Trois dispositifs de mécénat ont déjà été mis en place par l'entreprise. Le stage partagé, 4 jours par semaine en entreprise, 1 jour par semaine en association. La mission courte, destinée à des salariés, lors de laquelle un jour par semaine est dédiée à une association. Le mentorat est le troisième des dispositifs testée par l'entreprise.

Depuis Septembre 2017, Clément, RRH chez Chimex, accompagne Caroline, Chargée des ressources humaines chez Makesense, en tant que Mentor. Il consacre une demie-journée par mois à cette mission, complémentaire de son activité en entreprise.

Découvrir une structure plus souple

Diplômé depuis 10 ans, Clément bénéficie d’une approche et expertise des RH qu'il a expérimenté sur le terrain majoritairement au sein de grands groupes. En entendant parler d’une possibilité de mentoring proposé par Chimex et Vendredi, ce dernier se décide à s’engager. Afin de sortir de sa zone de confort pour entrer dans ce qu’il appelle sa “zone d’effort”, il souhaite intégrer une petite structure dynamique et flexible.

«Ce qui est le plus important et intéressant ne se situe pas dans la zone de confort mais bien plus en zone d’effort. Par curiosité intellectuelle, c’était mon souhait de me rapprocher de l’univers start-up. On en entend parler partout et cela m’intéressait de découvrir de nouvelles pratiques innovantes.»

Clément, Chargé des ressources humaines chez Chimex

Son choix se porte alors sur MakeSense, structure multiculturelle avec une culture start-up. MakeSense est une association internationale fondée il y a 6 ans qui souhaite permettre à chacun d'être acteur du changement, à travers des projets d'entrepreneuriat social ou des activités collectives. En 5 ans, 30 000 personnes se sont mobilisées dans 100 villes pour aider 1 500 entrepreneurs sociaux !

En tant que mentor, il est impliqué tant sur des questions stratégiques que sur des problématiques très opérationnelles. A la manière d’un coach et au travers de nombreux échanges, il aide Caroline au quotidien. Ses missions principales ? Appuyer à l’évaluation des postes en apportant son regard sur les fiches de poste et leurs objectifs tout en aidant au développement des compétences des employés de MakeSense. Par ailleurs, il apporte son éclairage sur les questions plus stratégiques de gouvernance.

« Chez MakeSense, j’ai plusieurs rôles, je peux prendre des postures différentes : j’adopte parfois celle de coach, qui permet à Caroline de prendre du recul et d’être challengée. D’autres fois, je suis impliqué sur des sujets très opérationnels.»

Clément, Chargé des ressources humaines chez Chimex

La réciprocité comme mode de fonctionnement

En faisant son Vendredi chez MakeSense, Clément apporte à l’association recul et maturité. Caroline peut elle solliciter un regard extérieur. Ainsi, de manière très pratique, Clément a pu partager des outils utiles en termes de management et recrutement avec la jeune DRH, comme le référentiel de compétences de l’Oréal. Conscients des différences de cultures d’entreprises, ils ont retravaillé ce référentiel pour en faire un document pertinent pour MakeSense. Sur des questions d’ordre plus général, Clément peut aussi actionner le réseau interne de l’Oréal qui compte plus de 350 RHs.

«Le mentorat, je le vois dans la réciprocité, je peux apporter la vision grand groupe et aussi m’inspirer de l’autre structure. C’est une relation à double sens, nous sommes très complémentaires, tant sur la manière dont nous fonctionnons, sur nos sources d’inspiration que sur les environnements de travail dans lequel nous évoluons. »

Clément, Chargé des ressources humaines chez Chimex

A l’inverse, le mentorat permet à Clément de découvrir d’autres méthodes de fonctionnement et de se challenger. Quand auparavant, des lectures et des apports théoriques lui permettaient de réfléchir aux enjeux liés à son métier, son expérience chez MakeSense l’immerge dans une réalité différente et lui apporte des éléments concrets et pratiques pour faire évoluer sa vision des ressources humaines. Structure hybride, entre la start-up et l’association, MakeSense lui permet de donner une nouvelle dimension à son travail en lui apportant un côté international. Plus souple et plus jeune, l’association lui permet de découvrir de nouveaux modes de gouvernance plus participatifs.

« Il y a certaines pratiques que tu peux lire dans des livres mais le voir appliqué dans une structure est beaucoup plus enrichissant. Ainsi, j’ai pu voir la "sollicitation d’avis"[1], une pratique courante dans les entreprises libérées, directement appliquée chez Makesense.

Une expérience professionnelle et personnelle enrichissante

Au fur et à mesure de son expérience, Clément observe les différences entre MakeSense et Chimex. Il arrive à prendre plus de hauteur sur son quotidien et se rend compte de la qualité de son environnement professionnel. Au contact d’une structure à impact social, il remet en perspective le sens que ses collaborateurs et lui-même donnent à leur métier et à leurs motivations.

« On apprend à se connaître avec Caroline, et j’apprends à découvrir MakeSense. Cela me permet de sortir la tête du guidon. Je rencontre des personnes qui ont des moteurs professionnels différents, des ambitions autres de ce que ce que je connais chez L'Oréal. Cette expérience m’invite à me re-questionner sur mes choix professionnels, et ce que je peux apporter au travers de mon travail. »

Clément, Chargé des ressources humaines chez Chimex

De plus, il observe les atouts que peuvent apporter le mentorat et se rend compte que, plus jeune, il aurait aimé bénéficier d’un appui extérieur. Clément juge ce dispositif important à chaque changement de poste car il permet tant au mentor qu’au mentoré d’être challengé et d’envisager de nouvelles pistes de développement pour l’entreprise mais aussi pour soi-même… à condition de savoir être curieux et dans le dialogue !

« Le mentoring est très pertinent en début de carrière mais également à chaque étape, à chaque changement d’environnement, de métier ou d’expertise. Ce dispositif me paraît très enrichissant si on est curieux. C’est un prérequis indispensable, tout comme l’humilité. Tu ne peux pas penser apporter une solution clef en main, il faut une posture humble pour réfléchir avec la personne. »

Clément, Chargé des ressources humaines chez Chimex

Et après six mois chez MakeSense, Clément souhaite que l’aventure continue. Une relation de confiance s’est créée entre Caroline et lui. C’est pourquoi, le premier chantier ouvert étant bientôt terminé, il espère voir son rôle évoluer pour pouvoir apporter d’autres points d’expertise à l’association. De plus, rester moins d’un an lui apparaît comme trop peu pour évaluer tous les apports concrets que peut apporter le mentorat. A l’heure actuelle, Caroline et lui réfléchissent à la suite pour savoir comment mettre à profit leurs compétences mutuelles pour faire grandir MakeSense.

« Cela m’apporte d’avoir le regard extérieur de quelqu’un qui comprend de quoi je veux parler. Je peux avancer seule sur mes sujets, certes, mais je sais que je peux compter sur lui et l’appeler à tout moment quand j’ai besoin de conseil, de méthode ou d'un regard critique. »

Caroline, DRH de MakeSense


  1. Dans les structures hiérarchiques, c’est la personne avec la plus de responsabilités qui va trancher, bien qu'elle n'ait parfois qu'une vision partielle du sujet. Dans le cas d'une "sollicitation d'avis", toute personne qui en prend l’initiative sollicite l’avis de toutes les parties prenantes et prend la décision finale. ↩︎